KAATIMIÑAÑ × TRANOÏ
5 sharp questions for African designers
5 questions percutantes pour les designers africains
Interview Angela Brito
Par/By
Johanne Eli ernest Ngo Mbelek
Interview at TRANOÏ, Paris — 1 October 2026
1. Identity — Jombelek - interviewer : “When does African fashion become just fashion?”
Angela Brito : As a little girl in Cape Verde, I knew nothing about the fashion industry. I didn’t even know it existed. I simply wanted to become a fashion designer. I discovered fashion after moving to Portugal, where I grew up. But the fashion world I encountered was entirely focused on Europe. In Portugal in the 1980s, there were very few references I could identify with. At school, people would ask me, “There are no people like you — how are you going to become a fashion designer?”
That experience taught me, from a very young age, that people weren’t necessarily interested in my perspective. They didn’t see me as beautiful or sophisticated, or recognise that I had taste — or that my culture could be at the centre of the conversation. They simply didn’t understand it.
So when I realised I wanted to be a fashion designer, I decided my work would reflect my point of view, my culture and what I love.
2. Inspiration — Jombelek - interviewer : “Do you design for yourself or for the buyers?”
Angela Brito: I’ve never wanted to design for buyers. If I did that, I think I would lose myself. My work isn’t simply about me or my personal life; it’s about my ideas. Of course, there may be pieces that connect with my own style, but creating a collection is about expressing an ideology and a point of view — not just dressing like yourself.
3. Luxury — Jombelek - interviewer : “Are you redefining luxury or playing by its rules?”
Angela Brito : That’s a tricky question, because luxury means something different to me. Luxury is spending time with my daughter. It’s having time for myself, too, because I really enjoy my own company.
Luxury is travel, and it’s being able to live the life I choose. For me, it comes down to freedom — freedom in my ideas and in the way I live. So the rules of luxury don’t mean very much to me.
4. Success — Jombelek - interviewer : “Why does Paris sometimes have to approve you before home does?”
Angela Brito : I don’t think this is specific to Paris. I think people often receive recognition outside their home country before they receive it at home.
If I were a designer in Cape Verde, perhaps people wouldn’t immediately recognise how creative my work is. Having found success in Brazil, I’ve seen how recognition can come from somewhere else first.
Jombelek : So you don’t need Paris’s approval — Brazil has already recognised your work.
Angela Brito : I don’t know. I feel very free, and I don’t care about that kind of validation. I believe in myself. That’s what matters.
5. No filter — Jombelek - interviewer : “If you could kill one fashion industry cliché, what would it be?”
Angela Brito : The idea that everyone has to look to European fashion. Fashion is inspired by culture, not the other way around. Every culture matters.
Jombelek : So the cliché is that everyone looks to Europe for inspiration?
Angela Brito : Exactly. African fashion, South American fashion, North American fashion — all fashion matters. We should look everywhere to discover creativity and new ways of thinking about fashion.
Jombelek : That’s a great answer. Thank you, Angela Brito, for speaking with us. We wish you all the best with your collection.
1. Identité — Jombelek – intervieweur : « À quel moment la mode africaine devient-elle simplement de la mode ? »
Angela Brito : Petite fille au Cap-Vert, je ne connaissais rien à l'industrie de la mode. Je ne savais même pas que ça existait. Je voulais simplement devenir créatrice de vêtements. J'ai découvert la mode après avoir déménagé au Portugal, où j'ai grandi. Mais le monde de la mode que j’ai rencontré était entièrement tourné vers l’Europe. Au Portugal des années 1980, il y avait très peu de références auxquelles je pouvais m'identifier. À l’école, les gens me demandaient : « Il n’y a personne comme toi, comment vas-tu devenir créateur de mode ?
Cette expérience m’a appris, dès mon plus jeune âge, que les gens ne s’intéressaient pas forcément à mon point de vue. Ils ne me considéraient pas comme belle ou sophistiquée, et ne reconnaissaient pas que j'avais du goût – ou que ma culture pouvait être au centre de la conversation. Ils ne l’ont tout simplement pas compris.
Alors, quand j'ai réalisé que je voulais devenir créatrice de mode, j'ai décidé que mon travail refléterait mon point de vue, ma culture et ce que j'aime.
2. Inspiration — Jombelek – intervieweur : « Créez-vous pour vous-même ou pour les acheteurs ? »
Angela Brito : Je n’ai jamais cherché à créer pour les acheteurs. Si je le faisais, j’ai l’impression que je me perdrais. Mon travail ne se résume pas à ma personne ou à ma vie privée ; il porte sur mes idées. Certes, certaines pièces peuvent refléter mon propre style, mais concevoir une collection consiste avant tout à exprimer une idéologie et un point de vue — il ne s’agit pas simplement de s’habiller comme soi-même.
3. Luxe — Jombelek – intervieweur : « Êtes-vous en train de redéfinir le luxe, ou bien vous conformez-vous à ses règles ? »
Angela Brito : C’est une question délicate, car pour moi, le luxe revêt une signification différente. Le luxe, c’est passer du temps avec ma fille. C’est aussi avoir du temps pour moi, car j’apprécie beaucoup ma propre compagnie.
Le luxe, ce sont les voyages, et c’est la possibilité de mener la vie que j’ai choisie. Pour moi, tout se résume à la liberté : la liberté dans mes idées et dans ma façon de vivre. Par conséquent, les codes du luxe ne signifient pas grand-chose à mes yeux.
4. Succès — Jombelek – Intervieweur : « Pourquoi faut-il parfois que Paris vous donne son aval avant que votre pays d’origine ne le fasse ? »
Angela Brito : Je ne pense pas que cela soit propre à Paris. Il arrive souvent que l’on soit reconnu à l’étranger avant de l’être dans son propre pays.
Si j’étais créatrice au Cap-Vert, peut-être que l’on ne percevrait pas immédiatement la créativité de mon travail. Ayant connu le succès au Brésil, j’ai pu constater que la reconnaissance peut, dans un premier temps, venir d’ailleurs.
Jombelek : Vous n’avez donc pas besoin de la validation de Paris — le Brésil a déjà reconnu votre travail.
Angela Brito : Je ne sais pas. Je me sens très libre, et ce genre de validation m’importe peu. J’ai confiance en moi. C’est ça qui compte.
5. Sans filtre — Jombelek – intervieweur : « Si vous pouviez tuer un cliché propre à l’industrie de la mode, quel serait-il ? »
Angela Brito : L’idée selon laquelle tout le monde devrait se tourner vers la mode européenne… La mode puise son inspiration dans la culture, et non l’inverse. Chaque culture a son importance.
Jombelek : Le cliché voudrait donc que tout le monde se tourne vers l’Europe pour trouver l’inspiration ?
Angela Brito : Exactement. La mode africaine, sud-américaine, nord-américaine… toute mode a de la valeur. Nous devrions porter notre regard un peu partout pour découvrir de nouvelles formes de créativité et de nouvelles manières de concevoir la mode.
Jombelek : Voilà une excellente réponse. Merci, Angela Brito, de vous être entretenue avec nous. Nous vous souhaitons beaucoup de succès avec votre collection.
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